Football, racisme et discriminations 



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©️ © Shutterstock – kovop

L’Euro de football bat son plein ! Les réjouissances liées à cette grande fête sportive n’occulteront pas certains aspects plus sombres du jeu : « Le racisme persiste dans ce sport et cela va bien entendu s’exprimer pendant l’Euro », comme l’exprime Marco Martiniello, chercheur au CEDEM, le Centre d’étude des Migrations de la Faculté des Sciences Sociales de l’Université de Liège.

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uelle est l’ampleur du phénomène ? Est-il en évolution ? "Il est difficile de répondre à cette question. Ce qui est certain, c’est que le nombre de cas rapportés évolue mais les manières de les recenser évoluent elles aussi.

Cette évolution, Marco Martiniello a pu l’observer au fil des années et en particulier dans le cadre du projet européen Monitora, dont le Cedem est l’un des acteurs. L’objectif de Monitora est de surveiller les phénomènes de discrimination et de racisme dans le sport.  Un rapport (voir lien à la fin de cet article) a été récemment publié au sujet des tendances et pratiques en ce domaine dans quatre pays : la Finlande, l’Italie, la Belgique et la Hongrie. Il s’intitule "Monitoring Discrimination and Racism in Sport"

En Belgique, le racisme dans le foot sous la loupe

En Belgique, un pays qui a connu une immigration constante au 20ème et 21ème siècle, la question de l’immigration et du racisme est bien présente dans la société et fait l’objet, dans le débat public et politique, d’une approche relativement inclusive. Des lois existent d’ailleurs pour contrer la discrimination et le racisme. Le rapport cité plus haut relate que dans le contexte du sport, le football constitue l’une des principales disciplines sportives où il existe des normes et des instruments voués à lutter contre le racisme et la discrimination. La loi foot, qui contient les obligations tant pour les organisateurs que pour le public et s'applique à tous les matches de football tant nationaux qu'internationaux (www.belgium.be), a été revue en 2023 ; les auteurs d’actes de racisme ou de xénophobie s’exposent à des amendes administratives au même titre que les auteurs d’actes de violence physique. 

Sur le terrain, en Belgique comme dans d’autres pays (l’Italie par exemple), des acteurs jouent un rôle important dans ce contexte. Au niveau fédéral belge, UNIA est l’organisme public chargé de la prévention, de la protection et de la défense des droits de chacun dans tous les domaines de la société en ce compris le domaine du sport. Il mène ce que les chercheurs appellent un monitoring actif, c’est-à-dire des actions et des pratiques qui sont soit conçues à dessein comme des activités de surveillance, soit dans lesquelles les fonctions de surveillance découlent d'autres activités telles que la recherche et la délimitation du champ d'application. UNIA mène aussi des activités de communication, de sensibilisation… D’autres acteurs agissent aussi à un niveau plus local : citons l’Observatoire de l’éthique dans les activités physiques et sportives de la Fédération Wallonie-Bruxelles et dans tous le pays, les fédérations et clubs sportifs.

Selon l’étude, le monitoring mené à ces différents niveaux permet d'instaurer une culture de l'égalité et du respect, mais aussi et surtout de développer les connaissances nécessaires pour identifier les formes complexes et moins évidentes de discrimination, en particulier parmi les opérateurs de terrain tels que les clubs sportifs, les entraîneurs, les praticiens du sport, etc. mais aussi parmi les médias et le secteur de l'information. 

Des référents éthiques dans les clubs et fédérations

En effet, les questions d’éthique, de discrimination, de racisme sont à la fois vastes et complexes. Comment identifier et classer les différentes formes de discrimination ? En Belgique, les fédérations sportives sont invitées à nommer des référents éthiques chargés de collecter les informations au sujet de situations/contextes problématiques… encore faut-il que ces référents bénéficient d’une expérience et d’une formation adéquate pour mener à bien leur mission. 

En parallèle à ce "monitoring actif", une autre façon de mener de surveiller les actes de racisme et de discrimination dans le sport épinglée par les chercheurs consiste en un  "monitoring passif" : il consiste à rendre possible pour le public, victimes ou témoins, de rapporter les cas de discrimination. En Belgique, la RBFA (Royal Belgian Football Association) a mis sur pied en 2021 le "Come Together Action Plan"  basé sur cinq piliers : l'écoute des personnes confrontées au racisme dans le sport ; la représentation et l'inclusion de la diversité au sein des associations de football ; la formation sur la diversité et la lutte contre la discrimination, la prévention et la sensibilisation ; la mesure de la diversité, de la discrimination et du racisme ; la communication sur les activités de lutte contre la discrimination et les instruments de soutien. En 2021, pas moins de 590 cas avérés de discrimination avaient été pointés par la RBFA; 85% concernaient des faits de racisme et 15% concernaient des faits d’homophobie. Si ces cas n’ont pas tous été suivis d’actions (la RBFA n’est compétente que pour ses seuls membres) et qu’ils constituent en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt, le "Come Together Action Plan" constitue pour les chercheurs une tentative louable de mettre en place un système généralisé de monitoring. Ce n’est pas un hasard s’il a été développé dans le cadre d’une discipline sportive en particulier, le foot.

Le racisme : un ingrédient du foot par nature ? 

En 2019, le Cedem avait mené avec le Standard de Liège un colloque international en ligne sur les moyens de lutter contre le racisme dans le football professionnel.

À la question : "Le football constitue—t-il un vecteur de racisme ou un outil de rapprochement", dans une carte blanche du Soir en 2021, Marco Martiniello répondait de façon nuancée : "D'un côté le football est vu comme une activité humaine fondamentalement guerrière, qui, par nature, encouragerait le tribalisme, le nationalisme et le racisme. D’un autre côté, on préfère voir le foot comme une activité qui rapproche les communautés et les peuples et qui peut les accompagner dans leur marche vers une société sans racisme. Le football serait ainsi une école du respect, de l’inclusion et de l’antiracisme. La réalité est moins tranchée et plus complexe. D’un point de vue sociologique, on peut voir le monde du sport le plus populaire au monde comme un miroir, certes souvent déformant, des sociétés humaines. On peut y observer une partie des dynamiques sociales, économiques, politiques et culturelles qui caractérisent l’ensemble de la société. Si le racisme est bien présent dans le monde du football, c’est parce qu’il est bien présent dans la société au sens large et pas l’inverse."

En savoir + 

Rapport 2023 "Monitoring Discrimination and Racism in Sport" - Projet Monitora

Brochure : “Une brève histoire de l’immigration en Belgique” de la Fédération Wallonie-Bruxelles 

Voir Publications et outils - Egalite des chances - Secrétariat Général - Fédération Wallonie-Bruxelles (cfwb.be) > Onglet Immigration

et aussi... 

RBFA : Come together

VIDEO : ONG Coopération par l’Education et la Culture CEC ONG - YouTube : interview de Marco Martiniello "Changer les mentalités : lutter contre le racisme dans le sport"

Contact 

Marco Martiniello

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