Governing migration though paperwork
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L'ouvrage, dont Sophie Andreetta, anthropologue chercheure qualifiée FNRS à la Faculté des Sciences Sociales est co-autrice, porte sur la place des documents dans les interactions entre les migrants et les fonctionnaires et les effets des pratiques documentaires sur l’implémentation des politiques migratoires. Entretien.
Sophie Andreetta, qu’est-ce qui vous a amené avec votre co-autrice, Lisa Marie Borelli, à vous pencher sur la place des documents dans les interactions entre les migrants et les fonctionnaires ?
Les "papiers" jouent en effet un rôle crucial, tant dans le parcours des migrants (qu’ils soient demandeurs d’asile, illégaux ou résidents temporaires) que dans le travail quotidien des fonctionnaires : dans de nombreuses administrations, l’essentiel du travail s’effectue derrière un bureau et consiste à collecter des documents, les transmettre, rédiger, consulter ou modifier des bases de données… Cet aspect du travail bureaucratique était, cependant, relativement peu étudié jusqu’ici.
Vous évoquez les "documents". Qu'entendez-vous par là ? A quels types de documents faites-vous référence ?
Nous nous intéressons aux documents sous toutes leurs formes : sur papier ou sur un support digital ; ceux qui permettent d’établir des vérités administratives, d’accorder ou de retirer des droits ; ceux qui servent de preuves ; les formulaires et les rapports remplis par les fonctionnaires et par les migrants ; ceux qui permettent d’interpréter les lois comme les circulaires administratives.
A qui s’adresse votre ouvrage ?
Le livre s’adresse à tous les chercheurs·euses et à tous les étudiant·e·s qui s’intéressent à la question migratoire.
D'autres recherches se sont précédemment penchées sur l’importance des documents dans la vie et les parcours des migrants. De votre côté, vous montrez le caractère ambivalent de ces documents, qu'en est-il ?
Au-delà du pouvoir et de l’autorité qu’ils matérialisent, notre livre analyse le ‘"double rôle" de ces documents comme outils d’inclusion et d’exclusion. Les différents chapitres décrivent comment les rapports, les décisions, les registres, etc. sont élaborés et transmis au sein de différents services publics, mais aussi comment ils peuvent être utilisés comme outils de contestation ou de subversion, tant par les migrants que par les bureaucrates eux-mêmes. À partir des "papiers", nous réfléchissons donc aussi aux attentes des migrants et des fonctionnaires face à l’État, ainsi qu’à la manière dont ils envisagent leurs obligations vis-à-vis de ce dernier.
Quelle a été votre méthode de travail et de recueil d'informations ?
En 2019, Lisa et moi avons réuni un petit groupe d’auteurs lors de la réunion annuelle du comité pour la recherche en sociologie du droit, à Onati (Espagne), pour réfléchir à la question de la place des documents dans les interactions entre les migrants et les institutions publiques. Nous avons ensuite rédigé ensemble un numéro spécial, dont les articles portaient sur des thématiques aussi diverses que les procédures d’expulsion en Suède, la fabrique de documents par les réfugiés en Ouganda, ou bien la rédaction de rapports par les assistants sociaux en Belgique. Cet ouvrage nous a permis de continuer cette réflexion en approfondissant les études de cas proposées et en y ajoutant de nouvelles, qui montrent notamment la manière dont ces pratiques documentaires sont ancrées dans des dynamiques historiques anciennes.
Tous les chapitres sont basés sur des recherches ethnographiques, qui combinent l’observation au sein d’administrations, des entretiens avec des bureaucrates et avec des migrants (en Suède, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Ouganda) ainsi que la consultation d’archives aux Nations Unies.
Ce travail est-il en lien avec vos recherches actuelles ?
J’ai récemment obtenu un Mandat d’Impulsion Scientifique, qui me permettra d’étudier la place du droit et des tribunaux dans la mise en œuvre des politiques migratoires, et les effets des litiges sur les pratiques administratives. Ce projet m’a permis d’élargir certaines des questions abordées dans l’ouvrage en général et dans le chapitre que j’ai rédigé en particulier, autour de la manière dont certains rapports sociaux pouvaient être rédigés, en partie, à l’attention du tribunal.
Lire l'ouvrage (open PDF)
www.berghahnbooks.com/title/AndreettaGoverning
