Luc Boltanski, sociologue français
Le 18 mars 2017, Luc Boltanski a reçu les insignes de Docteur Honoris Causa sur proposition de la FaSS
Luc Boltanski est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris). Il est l’auteur de plusieurs essais sociologiques (publiés dans la prestigieuse collection NRF de chez Gallimard) ainsi que de diverses recueils de poésies et (plus récemment) de pièces de théâtre.

Initialement proche collaborateur de Pierre Bourdieu et co-fondateur de la revue Les Actes de la Recherche en Sciences Sociales, il quitte le Centre de Sociologie Européenne dirigé par ce dernier pour s’en aller créer le Groupe de Sociologie Politique et Morale avec Laurent Thévenot au début des années 1980. Il se rapproche alors également de Bruno Latour et initie le large spectre des sociologies dites pragmatiques tout en conservant une tonalité résolument critique. Luc Boltanski ne s’est jamais spécialisé dans un champ de recherche propre mais a toujours transité d’un objet (l’école, l’entreprise, les politiques publiques, l’hôpital, les médias, le roman… ) à l’autre qu’il étudie avec une conceptualité originale faite d’épreuves, de grammaires et de grandeurs. Ce qui lui vaut aujourd’hui d’être lu et discuté tant par des sociologues que par des politologues, des économistes ou des philosophes.
Sa sociologie a pour vocation de restituer aux acteurs les compétences critiques et le sens de la justice qui sont les leurs. Ayant rompu avec une sociologie de type marxiste qui viserait à révéler aux personnes les forces inconscientes qui pèsent sur elles, Luc Boltanski ne s’est pour autant pas affranchi d’une théorie de la domination. C’est notamment ses travaux sur le capitalisme et l’idéologie managériale qui lui vaudront, à partir des années 2000, une reconnaissance internationale. Ses ouvrages sont aujourd’hui traduits en plusieurs langues et il compte parmi les auteurs français les plus cités au monde.
A l'occasion de la sa remise des insignes docteur honoris causa de l'ULiège, Luc Boltanski s'est prêté au jeu du séminaire doctoral organisé autour de lui le vendredi 17 mars 2017 dans les locaux de la FaSS. Devant une salle plus que comble, il a présenté son dernier ouvrage, "Enrichissement. une critique de la marchandise" publié chez Gallimard (coll. NRF) avec Arnaud Esquerre. A l'issue d'une présentation d'une heure, les Professeurs Bruno Frère et Mohamed Nachi accompagnés de Hyungsik Eum et Maxime Counet (doctorants) lui ont adressé une série de commentaires, critiques et questions auxquels il a pris le temps de répondre. Les discussions, pointues, tournèrent principalement autour de la reconfiguration du capitalisme contemporain et des nouvelles épreuves qu'il fait subir à ceux qui, sur des territoires comme la France, souffrent d'être devenus pour lui des "créateurs". Furent également discutées les nouvelles structures de la marchandise, les quatre formes qu'elle s'avère aujourd'hui susceptible de recouvrir (tendance, collection, standard) et les principaux secteurs au sein desquels elle se trouve échangée (tourisme, produits de luxe, culture, patrimoine...). Au terme des débats, le public pouvait se faire une idée plus précise de la façon dont le capitalisme a trouvé à se redéployer dans une Europe occidentale qui, tout en exportant la production industrielle loin en dehors de ses frontières, a vu se déployer à l’intérieur de celles-ci une nouvelle forme d'enrichissement captée par des élites en pleine reconfiguration.
Une critique sociologique de l'excellence version Boltanski : "A bas l'excellence !" https://www.youtube.com/watch?v=AGOD2Vc6W1A
