Benoît Lévesque, Docteur Honoris Causa de l'ULg


 

Benoît Lévesque, sociologue

 

Le professeur Benoît Lévesque a fait ses études doctorales sous la direction d'Henri Desroche à l'École Pratique des Hautes Études (VIe Section : sciences économique et sociales) et a obtenu un doctorat en sociologie de l'Université René Descartes – Paris V. Il est professeur émérite à l'Université du Québec à Montréal et professeur associé à l'École d'Administration publique du Québec.

La notoriété scientifique de Benoît Lévesque repose entre autres sur sa contribution au domaine de la sociologie économique, offrant une lecture des transformations socioéconomiques comme résultant de grappes ou de séries d'innovations sociales cohérentes entre elles. Prenant l'exemple du Québec des quarante dernières années, il a caractérisé les transformations qui se sont succédées dans l'ère post-fordiste et post-keynésienne du capitalisme. Sa grille d'analyse, qui fera école d'abord au CRISES (Centre sur les innovations sociales dans les entreprises et les syndicats), prend ses sources dans trois courants théoriques, soit l'approche des mouvements sociaux, les théories institutionnalistes (notamment la théorie de la régulation et l'approche des conventions) et les théories des organisations. Ces courants sont réinterprétés et articulés entre eux afin de construire un objet et un terrain de recherche : les innovations et les transformations sociales. Cette combinatoire d'approches permet de distinguer les innovations organisationnelles (concernant entre autres les modes de gestion et les modalités de coordination) des innovations institutionnelles touchant le système politique de gestion des conflits et de définition des règles, des droits et des responsabilités des acteurs, qui prennent sens au sein de différentes configurations ou «modèles» de développement.

Doté d'une capacité exceptionnelle d'intégration de connaissances, ses travaux bénéficient d'une aisance également démontrée dans plusieurs disciplines des sciences sociales, notamment la sociologie, l'économie et les sciences de gestion. C'est par le croisement de ces disciplines que chacune d'elles se trouve en quelque sorte amendée et enrichie, comme on l'a vu dans sa contribution à la définition de l'innovation sociale, aujourd'hui reprise par tous les chercheurs qui s'y intéressent au niveau mondial.

L'observation des nouveaux rapports sociaux dans les services collectifs est l'une des pistes qui ont amené Benoît Lévesque à explorer l'économie sociale et à en devenir aujourd'hui l'un des principaux théoriciens. C'est l'un des domaines qu'il a contribué à faire progresser de manière substantielle. En témoignent non seulement le nombre de publications qu'il lui a dédiées, mais aussi les références à ses travaux par les principaux chercheurs du domaine au niveau mondial. Les travaux initiés par Benoit Lévesque font ressortir les innovations sociales de l'économie sociale comme pouvant s'insérer dans un processus historique plus large de démocratisation de l'économie et de la société. Ils montrent que dans la période contemporaine, l'innovation en économie sociale offre une réponse aux enjeux soulevés par la mondialisation et la montée du néolibéralisme en devenant partie prenante d'une économie et d'une démocratie plurielles. Il ressort aussi de cette analyse une définition désidéologisée de l'économie sociale et solidaire qui s'avère fort utile pour sa reconnaissance institutionnelle élargie au sein de la société québécoise. Benoît Lévesque mobilise aussi la notion de système d'innovation sociale pour rendre compte d'une série d'institutions et de gouvernances qui se mettent en place depuis le milieu des années 1990 autour de l'économie sociale québécoise, favorisée par une forte reconnaissance publique. Ainsi, la reconnaissance publique que connait aujourd'hui l'économie sociale au Québec, pour laquelle une loi-cadre vient d'être annoncée, doit sans conteste beaucoup à l'apport de Benoît Lévesque.

Le prof. Lévesque s'est engagé non seulement dans la recherche scientifique mais aussi dans les services à la collectivité. Il a participé aux regroupements de chercheurs et à l'organisation d'une recherche en partenariat. C'est ainsi que Benoît Lévesque a été co-fondateur du Centre sur les innovations sociales dans les entreprises et les syndicats (CRISES) qu'il a dirigé jusqu'en 2003. C'est aussi naturellement que le prof. Lévesque a soutenu les travaux de la section québécoise du Centre international de Recherches et d'Information sur l'Economie Publique, sociale et Coopérative (CIRIEC) et a assuré pendant 8 ans la présidence de son Conseil scientifique international. Le CIRIEC, dont le siège est situé à l'Université de Liège, fut créé en 1947 et a comme but le développement d'activités scientifiques centrées sur l'intérêt général qui puissent intéresser tant les gestionnaires que les scientifiques. Il est présent dans une quinzaine de pays.
Les travaux de Benoît Lévesque ont inspiré plusieurs dizaines d'étudiants dans la poursuite de leurs études de maîtrise et de doctorat, dont au-delà d'une vingtaine œuvrent maintenant comme professeurs dans des universités canadiennes et étrangères. À travers ses travaux et ses disciples, Benoît Lévesque a fait une contribution remarquable à la connaissance.

Soulignons enfin que le professeur Lévesque a reçu de nombreux prix et distinctions, a été rédacteur en chef de la revue Coopératives et développement, est membre des comités éditoriaux de nombreuses revues dont les Annales de l'économie publique, sociale et coopérative, la revue du CIRIEC.

 

dhc levesqueb

   

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